Credits

Words by Yasmine Mady

Editor In Chief: Seni Saraki

Photographer & Creative Director: Elliot Hensford
Creative Director : Tj Saw

Head Of Brand: Damilola Animashaun 
Managing Editor: Wale Oloworekende
Head Of Digital: Shina Ladipo
Content Lead: Melony Akpoghene

Production Company: Vanta
Executive Producer: Emile Sarda
Line Producer: Léna Debray
Production Coordinator: Kiara Payet Descombes
Production assistant: Eloïse Grébil

1st light assistant: George Robson
2nd light assistant: Drew Elliot

Director: Aymane Alhamid
Director of photography: Thomas Cazottes

Art Director: Mariana Jaguite  & Frederick Asseo 
Art Assistant: Baptiste Malgoire
Art Assistant: Sinclair Bourrec
Art Assistant: Lancelot Prat
Painter: Louise Pisselet

Stylist: Janice Mahenge

Assistant:
Ines Benmansour 
Sabri Yahiaoui
Axelle Randriamiandriosa

Casting director: Nesrine Benayad

Makeup Artist: Arnaud Swan
Hairstylist: Ushka
Nail Artist:  Ines Okaci

Photography post-production
Retouch: Lucy B
Post Production: Econe Lab & David Chaney

Theodora porte un trench-coat Margiela et H&M, une chemise blanche Ana ljuBinkovic, un pantalon ballon Arodazi, des bottines à talons aiguilles en cuir verni et tartan style bondage d’Archive Vivienne Westwood et un bracelet Dinosaur Designs

Il y a chez Theodora quelque chose qui relève du transcendant. Un groove désobéissant et une liberté infinie qui imprègne chacun de ses mouvements. En très peu de temps, elle est devenue une force de rupture face aux idées figées de légitimité et de respectabilité, particulièrement en France, à un moment où la misogynoir connaît un regain brutal. Theodora est fièrement “Sexy, ghetto, africky et mal polie”, pour reprendre ses termes. Africky étant une contraction de African et de freaky.

À travers son attitude, son esthétique et ses choix de carrière, elle incarne une vision très Gen Z du succès, fondée sur l’autodétermination, la joie et la liberté d’exister fort, pleinement, visiblement. Elle bouscule et dépoussière l’industrie avec une luminosité maximale et réécrit les règles.

Cette cover story est aussi une conversation entre deux femmes noires issues des diasporas africaines françaises, ancrées dans les cultures populaires. Et ce n’est pas anodin. C’est une disposition qui permet la résonance. Une compréhension de ce qui n’a pas toujours besoin d’être sur-expliqué pour être justement retranscrit. Un espace où la conversation peut aussi être légère et réparatrice, dans un contexte où l’air est de plus en plus irrespirable en France, et où les expériences des femmes noires sont sans cesse niées, invisibilisées ou gaslightées.

Theodora porte un trench-coat Margiela et H&M, une chemise blanche Ana ljuBinkovic, un pantalon ballon Arodazi, des bottines à talons aiguilles en cuir verni et tartan style bondage d’Archive Vivienne Westwood et un bracelet Dinosaur Designs

Le jour de l’interview, Theodora est en plein photoshoot. L’énergie autour d’elle est révélatrice de l’era qu’elle traverse. Tout va à 100 à l’heure : les charts explosent, les covers de magazines s’enchaînent, et la posture de boss lady s’assied et s’affirme de plus en plus tangiblement. Et pourtant, c’est au cœur d’un planning bien chargé qu’elle prend tout le temps nécessaire pour répondre à chaque question avec sagesse, intention et humilité.

“Je m’appelle Theodora. Tu ne peux pas m’appeler Theo, mais tu peux m’appeler Dora. Mon vrai prénom, c’est Lili Théodora, mais il est réservé à mes proches.”

On passe le début de notre échange à comprendre comment elle construit son petit monde. Comment son univers se façonne, ce qu’il dit d’elle, mais aussi ce qu’il révèle du monde autour. Et surtout, comment elle se présente : avec une fermeté tranquille, une confiance assumée et une honnêteté rare, au même moment où elle est en train de conquérir le monde.

“Je me présente comme une jeune femme en construction. Pas comme une excuse pour faire des choses stupides, mais pour montrer à quel point ma musique suit le processus de pensée d’une jeune femme qui se construit. Il y a des choses que j’ai dites dans des morceaux il y a un an que je peux déjà critiquer aujourd’hui. Parce que, honnêtement, l’essence de ma musique est jeune.”

Theodora n’a que vingt-deux ans, mais elle a déjà tout d’une icône. D’origine congolaise, elle a grandi entre le Congo, la Grèce, La Réunion et la banlieue parisienne. Une enfance nomade et une trajectoire diasporique qui nourrissent sa musique et ses sonorités multiples. Elle est insaisissable et impossible à enfermer dans une case. On peut parler d’Afropop, mais même ce terme peine à contenir l’ensemble de ses sonorités, qui naviguent entre bouyon, rap, pop, variété et héritages afro.

Theodora porte un trench-coat Margiela et H&M, une chemise blanche Ana ljuBinkovic, un pantalon ballon Arodazi, des bottines à talons aiguilles en cuir verni et tartan style bondage d’Archive Vivienne Westwood et un bracelet Dinosaur Designs

Theodora construit des ponts entre des territoires et des peuples historiquement tenus à distance. Elle incarne ce qu’il se passe quand on est une véritable enfant de la diaspora et qu’on s’autorise à tout absorber avec intention, sans jamais trahir qui l’on est.

“Ma musique représente quelque chose de global, mais aussi de profondément lié au fait d’être de la diaspora. Tu l’entends dans la façon dont je mélange les genres, dans mes inspirations. Mes références pop et variété sont des icônes très connues parce que mes parents n’avaient pas vraiment accès à une culture musicale française de niche. J’ai du mal à me définir de façon concise, mais je dirais que je suis éclectique, et ça s’entend dans ma musique.”

Si elle revendique ses racines africaines sans ambiguïté, elle tient aussi à imposer une version complète et précise de son histoire. Une précision presque politique : ne pas se laisser réduire à une moitié de phrase.

“Je suis une femme française de la diaspora congolaise, et la phrase entière compte. Tu ne peux pas juste dire que je suis française sans prendre en compte tout ce qui explique pourquoi je suis là. Ni dire seulement que je suis congolaise, parce que tu perds une partie de mon histoire et tu ne comprends pas pourquoi je suis comme je suis. J’ai grandi avec cette double culture.”

En 2024, Theodora franchit un cap avec “KONGOLESE SOUS BBL:” un hit global et viral, qui traverse les frontières sans traduction et vient bouleverser les charts. Un moment charnière dans sa trajectoire commerciale en France, qui lui permet de toucher des millions de personnes et de remplir des salles toujours plus grandes.

Et les signes autour d’elle ne mentent pas : ses homologues rappeurs font la queue pour des couplets, de Gims à Guy2Bezbar. À la Fashion Week, elle gravite autour de Ravyn Lenae et FKA twigs. Les figures de l’Afropop continental comme Ayra Starr et Rema l’adorent. Rema, qui l’invitera d’ailleurs à son concert sold-out à l’Accor Arena l’été dernier. Theodora traverse les scènes, les styles et les espaces avec une aisance rare.

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Mais la réduire à une force commerciale serait passer à côté de la vraie raison qui fait d’elle la parfaite star du moment. Quand elle dit qu’elle fait tout ça pour “toutes les filles noires bizarres”, elle nomme un manque, puis elle le comble. Elle ouvre une porte à celles qui ne se reconnaissent pas dans les récits étroits et les représentations uniques. Celles qui se sentent “trop”, incomprises, mais qui continuent malgré tout à exister fort.

En France, où l’accès à la culture reste profondément lié à la classe sociale, l’ascension de Theodora raconte aussi la capacité des enfants de la diaspora africaine à transcender créativement des barrières liminales. Historiquement, ces enfants ont toujours su contourner ces limitations en faisant des musiques populaires et diasporiques une force culturelle centrale. Un poumon créatif d’où émergent certains des talents les plus influents de leur époque. Theodora en fait partie. Mais transcender le déterminisme a un coût : la lutte permanente pour la légitimité et ce syndrome de l’imposteur qui colle à la peau, surtout quand on est une jeune femme noire.

“Je trouve ma légitimité dans la sincérité que j’ai par rapport à mon niveau de connaissance. J’ai longtemps eu du mal à réaliser que j’étais légitime. Je consomme énormément de rap, par exemple, et aujourd’hui je sais que je suis légitime pour en parler. Avant, à chaque discussion, je me disais : ‘Mais je ne suis pas rappeuse.’ Et puis j’ai vu le vrai niveau de connaissance des gens dans l’industrie. Tu parles avec quelqu’un et tu réalises qu’il ne connaît même pas Chief Keef.”

Théodora porte une veste Vivienne Westwood d’archive, une robe Sultry Virgin, des collants Wolfords, des escarpins crocs Vivienne Westwood d’archive, une ceinture Colombe d’Humieres Studio et un collier Dsquared d’archive 2014.

Dora doit une grande partie de ses premières obsessions musicales aux disques que lui a fait découvrir son frère, Jeez Suave, qui lui transmet très tôt une culture hip-hop.

“J’adorais Hamza”, dit-elle à propos du rappeur belge. “J’ai aussi beaucoup écouté Gradur, parce que j’ai de la famille à Roubaix et ce sont eux qui me l’ont fait découvrir. J’écoutais énormément La Fouine, parce qu’il chantait beaucoup et que j’aimais le mélange entre des couplets très rap et des refrains plus chantés. Il y avait toujours un lien avec la pop dans ses hooks et ses mélodies.”

Elle cite aussi Rihanna : “J’ai grandi avec Rihanna. C’est vraiment l’artiste internationale que j’ai le plus suivie depuis que je suis toute petite.”

“Et puis j’étais une immense fan d’Indila”, raconte-t-elle à propos de la chanteuse parisienne, devenue culte malgré des années d’absence. “Indila, c’était mon tout premier concert. Je l’ai vue quand j’étais en vacances à Lille, elle était venue pour un concert gratuit. J’avais même fait une pancarte, mais ils l’ont jetée parce que ce n’était pas autorisé.”

Cette éducation musicale plurielle lui permet aujourd’hui d’exister à l’intersection de plusieurs genres qui racontent son histoire : rythmes africains, musiques caribéennes, pop, variété française, rap. Elle peut collaborer avec Meryl sur des sonorités shatta, s’aventurer dans la variété française avec Juliette Armanet, explorer une nouvelle pop avec Disiz ou Luidji, ou poser sur du rap avec Guy2Bezbar ou Jul. La liste pourrait continuer longtemps.

Cette pluralité rend toute tentative de catégorisation fragile. Et pourtant, un terme revient, plus juste que les autres.

“Quand Rolling Stone a écrit ‘Afropop’, je me suis dit : exactement ça.”

“Je pense que le terme Afropop fait sens pour ma musique”, explique-t-elle. “En France, il n’y a pas encore cette effervescence autour du mot, et ici il est souvent mal compris, parce qu’il renvoie à des artistes qui n’ont rien à voir avec ce que je fais. Je suis très éclectique, et même si, en réalité, ma musique n’est pas genrée et que tout le monde m’écoute, je me sens aussi très girly. Quand j’étais petite, mon rêve était d’être danseuse pour Koffi (sans savoir à quel point c’était horrible hein). Je pense que c’est là que s’est construite la première base de ma culture musicale. C’est ce que mes parents m’ont transmis. La musique congolaise, c’est ma base.”

Théodora porte une robe jaune R.L.E. à motif dinosaure, des boucles d’oreilles MonSecret, une bague Dosis, un bracelet noir Her Senses et des talons Amina Muaddi.

Si Theodora ne cherche pas particulièrement à suivre un blueprint existant, sa vision se nourrit de tout ce qu’elle a absorbé musicalement au fil de sa vie. Lorsque Bad Boy Love Story sort en novembre 2024, puis quelques mois plus tard Mega BBL, quelque chose bascule. Pas seulement pour elle, mais aussi dans la manière dont on écoute la musique en France. Le projet perturbe le paysage et casse les codes avec une désinvolture assumée.

“Mega BBL a été un énorme travail de recherche”, explique-t-elle. “Il y a beaucoup de morceaux que je n’ai pas gardés. Pas parce qu’ils n’étaient pas bons, mais parce que ce n’était pas la vibe que je voulais montrer. Quand j’ai fait BBL, je voulais que ce premier long projet soit une carte de visite pour ma musique. C’est comme ça que je l’ai pensé. Et c’est aussi pour ça que j’ai adoré faire Mega BBL ensuite, parce que le premier était trop court pour raconter toute mon histoire.”

‘Mega BBL’ marque aussi une nouvelle introduction dans le regard du grand public, une réintroduction ancrée dans une vérité beaucoup plus affirmée. Un saut dans le vide, où Theodora se dévoue entièrement à son art. Un art qui devait la sauver, coûte que coûte.

“Je voulais aussi que ce soit une déclaration de ma vérité. Quand je dis ‘Africky Malpolie’, je me présente de nouveau en vrai. Parce que c’est quelque chose que j’ai trop voulu lisser. Et là, je voulais qu’on ait la bonne image de moi.

À ce moment-là, j’ai quitté les cours, mes parents ne me parlent plus, je n’ai pas d’argent, je suis avec mon frère à Saint-Denis, dans le 93, dans un appartement un peu insalubre parce qu’on fait comme on peut. C’est pour ça que je parle des rats de la ville dans le morceau ‘Le paradis se trouve dans le 93’. Donc quand je fais BBL, je me dis que dans ce projet, je ne peux pas faire semblant. Je dois être honnête avec les gens et me donner à 100 %.”

Théodora porte une robe jaune R.L.E. à motif dinosaure, des boucles d’oreilles MonSecret, une bague Dosis, un bracelet noir Her Senses et des talons Amina Muaddi.

Mais cette honnêteté a un prix.

“Ce prix, c’est de l’assumer. Jusqu’où est-ce que tu es prête à te dévouer pour ta musique ? J’ai parlé de sexe dans mes morceaux, mais est-ce que je suis ensuite prête à chanter ces paroles sur scène, devant des gens que je ne connais pas, des parents, alors que culturellement j’ai une forme de pudeur vis-à-vis des aînés ? Oui. Je voulais me dévouer entièrement à ce projet. Je voulais que les gens sachent qui je suis. Je voulais me donner entièrement à mon travail. Il fallait que ça marche. Je n’avais pas le choix.”

Ce projet est une rencontre radicale avec elle-même, qui appelle une rencontre tout aussi radicale avec le public. Plus on incarne une forme de vérité, plus on devient un miroir.

Lors de la cérémonie des Flammes en 2025, quand Theodora reçoit le prix de Révélation de l’année, elle marque les esprits avec quelques mots qui viennent nommer un manque et résonner immédiatement chez toute une génération : “Je le fais pour toutes les petites filles noires bizarres.” Des mois plus tard, un débat éclate sur le manque de pluralité dans les représentations des femmes noires dans l’espace médiatique, notamment au-delà de l’archétype de la “baddie”. Un débat que Theodora suit de près.

“J’ai suivi ce débat attentivement. J’ai beaucoup de petites sœurs. Et même si mon frère et moi, on se ressemble, avec mes sœurs, on est très différentes. Ma première petite sœur est vraiment une weird little Black girl qui rêve de devenir mangaka. Une autre est une vraie nana de Paris, en mode full baddie. Donc je trouve ce débat intéressant, et je suis contente qu’il prenne autant de place, parce que ça veut dire qu’on compte et que ça permet à nos petites sœurs de se poser des questions.”

Elle nuance pourtant :

“Quand j’étais plus jeune, je me sentais juste différente et bizarre. Je ne questionnais pas les autres, je me questionnais moi-même. Aujourd’hui, je suis contente d’être un autre parapluie pour les femmes noires, mais je pense aussi que je suis un parapluie poli. J’ai un certain privilège parce que j’ai un lien fort avec la culture ‘baddies’. Et en même temps, je pense que ce débat est très internet. Dans la vraie vie, au bureau, personne n’attend des femmes noires qu’elles soient des baddies avec un contouring d’Atlanta. On attend d’elles qu’elles aient les cheveux plaqués, une perruque noire bien lisse, pas trop de maquillage, sinon elles deviennent vite ‘vulgaires’. Donc oui, le débat est important, mais il est mal contextualisé.”

Dans son hit KONGOLESE SOUS BBL, Theodora popularise la formule “sexy, ghetto appelle-moi africky, mal polie”. Une séquence qui renverse les stigmates tout en affirmant pleinement sa posture et sa désobéissance.

“Je suis trop contente que tu parles de ‘Africky Mal Polie’, personne n’en parle jamais. C’est vraiment ce qui décrit le mieux ma musique. À l’intérieur, il y a ‘African’ et ‘freaky’. Africky, c’est vraiment ma musique. C’était aussi un gros ‘fuck you’ à plein de gens. À mes parents, et ils le savent. D’ailleurs, voir que je twerk dans mes clips ne dérangeait pas mon père. Ce qui le dérangeait, c’était que je commence la vidéo avec un gros joint dans les mains.”

Théodora porte une robe jaune R.L.E. à motif dinosaure, des boucles d’oreilles MonSecret, une bague Dosis, un bracelet noir Her Senses et des talons Amina Muaddi.

Elle poursuit :

“Mais le ‘ghetto, africky, mal polie’, c’est moi. J’en avais marre d’être lissée. Je voulais être vraie. C’était aussi un fuck you à mon copain de l’époque, un fuck you aux garçons en général. Un fuck you à plein de secteurs ancrés dans le patriarcat : la famille, les hommes, l’industrie aussi, au final. Je ne me rendais pas compte à quel point je me lissais dans ma créativité en me disant sans cesse : ‘En France, on ne fait pas ça.’”

La manière dont Theodora occupe l’espace confronte inévitablement les normes dominantes du succès pour les femmes noires en France. Et cette confrontation est consciente. Elle naît de l’endurance nécessaire qu’il faut pour continuer de pousser des portes élitistes qui résistent, encore et encore.

“C’est triste parce que je suis juste un bébé de tout ce que j’ai consommé. Mais est-ce que je suis dans un secteur autre que celui où on attend une femme noire ? Est-ce qu’on me laisse y entrer pleinement ? Quand je fais de la pop, est-ce qu’on me laisse me définir comme une artiste pop ? Bah non.” Elle ajoute : “Aujourd’hui, certains de mes morceaux sont dans des playlists pop parce qu’ils voient Valérie, 45 ans, écouter ‘Mélodrama’, et ils se disent : ‘Ah ok, c’est pop.’ C’est pour ça que je vais continuer à forcer les portes, même si on me dit : ‘Tu ne devrais pas aller là.’ J’irai. On va me traiter comme de la merde. Mais j’irai. Pour que ce soit plus simple pour celle qui viendra après moi, puis celle d’après. Je continuerai, dans la limite de ma santé mentale, pour faire bouger les choses.”

Le mot “icône” revient souvent quand on parle de Theodora. Pas comme un titre qu’elle revendique, mais comme quelque chose qui s’impose de façon organique. Et lorsqu’on lui demande si elle se perçoit comme telle, elle répond en véritable élève du jeu :

“La réalité d’être une icône, c’est que comme c’est de la pop culture, c’est la seule question à laquelle tu n’as pas le droit de répondre, parce que c’est un titre que les autres te donnent. Mais on me le donne beaucoup aujourd’hui, donc j’imagine que c’est vrai. Ça met une pression, mais ça pousse à chercher mieux. Pour être une icône, il faut trouver des choses qui n’ont pas encore été vues. Donc tu es obligée d’être en recherche constante, d’absorber de nouveaux signaux, de nouvelles cultures. Aujourd’hui, je le fais beaucoup plus consciemment. Je sais que je dois nourrir mon cerveau.”

Théodora porte une veste Vivienne Westwood d’archive, une robe Sultry Virgin, des collants Wolfords, des escarpins crocs Vivienne Westwood d’archive, une ceinture Colombe d’Humieres Studio et un collier Dsquared d’archive 2014.

Theodora n’est pas une posture, elle est un rythme. Un groove désobéissant, nourri par une curiosité en expansion constante et porté par une âme révolutionnaire. Elle s’inscrit dans une génération politisée qui comprend l’urgence de s’aligner et d’utiliser sa voix. En décembre dernier, lorsqu’un représentant d’extrême droite utilise sa musique pendant un meeting, elle n’hésite pas à réagir publiquement pour exprimer son désaccord.

“J’ai toujours voulu ce groove désobéissant. Grâce à ma mère. Ma mère est une vraie rebelle. Elle a repris ses études plusieurs fois à 42 ans, et c’est extrêmement inspirant de la voir se reconstruire. Elle voulait à tout prix élever une fille qui ne tombe pas dans les pièges logiques de la société. Elle a tout fait pour élever quelqu’un d’assez rebelle”, dit-elle fièrement.

Elle conclut :

“Je pense qu’on est dans une génération différente. Même s’il n’y a pas d’obligation à être politiquement engagé, c’est devenu une nécessité. Il faut faire de l’information un outil collectif. Faire de la désobéissance un outil collectif. En tant qu’artistes, on est des vecteurs de propagation, donc ça devient indispensable.”

Dans un paysage musical et une industrie toujours obsédés par les étiquettes et les modèles bien définis, Theodora rédige un nouveau script. Un script plus libre et créatif, affranchi des attentes et des normes. Son parcours ne consiste pas à s’inscrire dans des cadres existants, mais à les élargir.

La suite du rêve continue de se profiler : la possibilité d’un premier album, l’envie de continuer à expérimenter, et le dévoilement progressif des pièces du puzzle qui composent son blueprint. Un processus qu’elle embrasse en temps réel, sans raccourcis, en laissant l’histoire se déployer comme elle se doit.

Un groove désobéissant.

Théodora porte une veste Vivienne Westwood d’archive, une robe Sultry Virgin, des collants Wolfords, des escarpins crocs Vivienne Westwood d’archive, une ceinture Colombe d’Humieres Studio et un collier Dsquared d’archive 2014.